Samedi 10 mai 2008



Ca commence par une résonance, une résonance retrouvée, devenue comme réelle, j’allais dire charnelle, mais le mot me terrifie, alors je vais aseptiser et dire opérationnelle … everything’s gonna be alright . Ca commence par le retour-recours à une vieille habitude, les mots dans les mots … quant aux mots, c’est bien après . Ca commence par une acceptation dans un refus total d’être, d’être soi, et de le laisser le Soi s’exprimer enfin, alors ce début impromptu, c’est une chanson qui est douce et violente, une rupture, un arrachement, un déracinement déjà accompli, une mélodie que je n’ai pas refusée, que j’ai même intégrée, et ça a commencé soudain, parce que quelque part, quelque chose qui résistait à tout a fini par lâcher . Pas moi . Le lâcher prise, ce n’est ni pour aujourd’hui ni pour demain . Résonance intentionnelle, non-conventionnelle, pas encore obsessionnelle, juste dans cet entre-deux trop familier . Ca commence par la pointe d’un crayon dont je ne me servirai jamais, et dans tout ce qui va suivre, ne cherchez pas si le je est un jeu … peut-être, ou peut-être pas . Ce crayon bien affûté, si je savais dessiner … si je me l’autorisais, une fois dans ma vie, je dessinerais des fées, moi qui ai toujours clamé en douceur mais avec fermeté et détermination, je dirai même avec une certitude quasi absolue acquise au fil d’une vie prise à l’envers comme une autoroute sans consommation, la vitesse me reprend, et qu’importe si tout devient confus, j’étais dans le brouillard, et c’est ma spécialité pour ne pas dire un leitmotiv involontaire – quoique ce soit antinomique – je disais donc que j’ai toujours affirmé avec une véritable conviction que je n’avais aucun espace imaginaire, c’est vrai, et rien n’est plus faux, c’est là, le coup de bambou, pour échapper à la faux, frisson dans le dos … j’entends le mot échafaud, retour au jugement, et la peur … et la peur de la peur . Je redeviens dyslexique et je m’égare . Je ne sais prendre que les chemins de traverse, parfois, paradoxalement, avec une logique implacable . Je cherche des racines auxquelles me raccrocher pour que cet arbre sans racines qui se penche vers moi comme dans cette chanson qui donne le ton, let me out, c’est à moi que je m’adresse, mais en vérité, c’est à ces personnes que j’aime et qui m’étouffent, et me contraignent à refuser la vie, mon âme, mon esprit, mon cœur, mon corps . Ca commence par un enfant intérieur qui hurle à travers un corps meurtri, torturé . Et pourtant, il faut de la légèreté dans cette histoire, le poids des mots dans tout leur sens, certes, mais qu’ils ne soient pas de plomb, à l’image de ce qui me sert de vie, hélas pas par procuration, je flotte encore et pourtant je suis à terre depuis des lustres, je pense en anglais mais on m’a dit qu’il ne faut pas écrire comme ça, on m’a dit aussi que je mettais trop de pointillés, on a voulu brider mon écriture, alors je n’ai plus écrit . Et depuis, je ne suis plus sûre de survivre, il me manque l’essentiel, alors je me suis coupée de mes émotions, or je n’étais qu’émotionnelle, jusque dans l’écriture,

Hate me … détestez-moi pour tout ce sur quoi je vais lever le voile, jetez-moi l’opprobre ça n’a plus d’importance, j’ai encaissé autant de coups qu’il est possible à une gosse-adulte et à une femme fragile comme personne, qui ne se bat que contre la souffrance de l’Autre . J’ai suivi ce qu’il me reste d’intuition .

Pourquoi tu es si dure avec moi ? Pourquoi tu ne m’as pas laissée devenir femme, que craignais-tu, le cordon, ce n’est pas moi qui ai refusé de le couper, on est deux dans cette histoire-là, et je ne me souviens pas de gestes de tendresse de ta part, je sais que tu ne m’as pas aimée comme eux, et je n’arrive pas à t’en vouloir, à ta fille préférée non plus … Non, c’est pas vrai, je vous en veux, parce que vous m’avez arraché les ailes, vous m’avez bridée, brimée, laissez-moi respirer, j’étouffe, je reteins mon souffle à cause de tout ce passé que je voudrais renier mais pas avant de l’avoir extirpé du plus profond de mon être, là où est cette foutue souffrance qui ne me laisse que la possibilité de tous les dénis . Mais non, j’ai pas mal, je ne souffre pas, tu parles, en moi tout crie, sirènes hurlantes, Cendrillon on l’appelait Piggie, une tête de cochon, et le bouquin que j’ai failli acheter parlait de grosse vache . C’était pire, je devais porter tout le poids du monde sur mes épaules, ne pas être une gosse, une môme haute comme trois pommes, j’en avais les joues, les bonnes joues bien rondes, et moi, avec mes yeux trop grands qui en disaient des tonnes, moi je gardais le silence, larmes interdites, larmes fatales … par leur absence . La mouette absente à elle-même . La sirène échouée, les perles sont ailleurs . Laissez-moi tranquille, j’essaie de me faire violence pour ne pas me taire, et dire enfin combien le manque d’Amour m’a marquée au fer rouge, au point de ne me donner comme seule voie et comme seule voix l’autodestruction, mode comportemental, si ce n’était que ça, mais le mal est bien plus profond, plus insidieux, pernicieux, et n’attire fatalement que la perversion . Longtemps, longtemps, j’ai cru que j’étais la souillure, que je ne pouvais rien être d’autre après tout ce que j’ai vécu, enduré, en silence, avec violence, ces dernières années, rebelle et révoltée, mais ayant peur de mon ombre … non, de mes ombres, de mes vieux démons . Let me out dit la chanson … Il le faut . J’ai besoin d’un espace qui soit mien, besoin de respirer, de ne plus subir, d’agir et de ne plus sombrer sur place, laissant la vie me quitter doucement, n’attendant rien, ne croyant ni en l’avenir, ni en rien, sauf en Dieu, c’est essentiel, mais là encore, c’est … les autres d’abord, et pas moi . J’ai longtemps écrit sur le vide, le néant, je ne connaissais que cela . Je ne connais de la vie que ce qu’elle a de plus sombre . Le pire est déjà arrivé, j’ai perdu l’être qui m’était le plus cher, il a souffert à cause de moi, il a souffert de ma souffrance et moi de la sienne, on peut dire que notre relation était fusionnel mais il a été, est et sera le meilleur de moi-même . Cette douleur-là est encore à vif, je ne peux pas en parler, peut-être plus tard, mais pas encore, il n’est pas temps, et ce à quoi je m’essaie, en cet instant même, c’est de (re)prendre le cours de ma vie … Ca commence par un stylo, et un bloc de plus, une librairie, trois ou quatre bouquins dont deux parlent « autrement » de ce qui est en moi encore, je dirais plus que jamais, même si en apparence ce « problème », ce mal-être, cette souffrance atroce appartient au passé, rien n’est dépassé, et je ne me suis réconciliée en rien avec ce corps qui m’est encore étranger, ce corps de femme qu’il me faut me résoudre à accepter, à défaut de le traiter sans une brutalité ô combien excessive, à coups de marteau et d’enclume, de raboteuse, de tronçonneuse … je vais trop loin – sciemment- non pas pour choquer mais parce que c’est ce que je ressens . Il n’y a qu’en marchant que je l’accepte, ce corps de femme abîmé, qui a saigné autant qu’il est possible, parce que j’ai la lame facile, sans mauvais jeu de mots . Ce qu’il ne faut pas faire pour traduire ses maux intérieurs, à défaut de mots interdits, non pas les jeux, quoique … Je ne me souviens de rien de ludique, je n’étais pas une enfant comme les autres, j’étais grave, assez pour ne pas accepter les lois, les règles de la vie … la mort … je l’ai « appréhendée » de façon névrotique, presque psychotique . Et les choses sont demeurées en l’état . Asociale j’étais, asociale je suis restée, tout en aimant les gens, immensément, assez pour prendre en moi toute la souffrance rencontrée, je n’ai pas appris, pas voulu ou pas pu comprendre que je n’avais pas la carrure nécessaire, pense à toi, tu parles, c’est mal me connaître, et ce foutu inconscient monté à l’envers qui fait tout pour que j’aille dans le mauvais sens quand on essaie de me faire aller vers un semblant de libération . Mais je suis allée tellement loin, tellement trop loin, ça choque quand je balance au visage des curieux, ceux-là même qui me pointaient du doigt ostensiblement quand j’avais ce corps si frêle qui me rassurait … même si je me savais toujours sur le fil du rasoir

L’eau à la bouche … ça recommence, la tentation est toujours là, le déséquilibre, le dégoût, je bascule, je suis toujours en équilibre instable, pas un instant dans ma vie je ne me suis sentie à l’abri, protégée, je suis hantée par mes angoisses, mes névroses forcément obsessionnelles, mes compulsions et la peur de tout ce que je ne veux pas nommer . L’eau à la bouche selon Gainsbarre, rien à voir, je l’aimais . Mais là c’est la nausée . Et cette foutue dysorthographie preuve de mon trouble et de ma confusion, brouillard complet, envie de fondre et de me fondre, ou me confondre, le corps que j’avais avant me correspondait, il était celui de Liza, Liza qui maîtrisait son corps et se tenait dans le défi, mais pas dans le déni, ou seulement verbalement, selon les personnes qui s’attaquaient à la problématique que je faisais plus que représenter . Devenir transparente pour qu’on me voie davantage . Le lien fusionnel à la mère, le prolongement de son corps, j’ai été son vilain petit canard une fois née, ou après, après sa poupée blonde, et sa fierté s’est changée en quelque chose d’indéfinissable, mais de tellement ressenti au plus profond de mon être … j’étais une rivale potentielle, alors je devais être telle qu’elle voulait que je sois, ma place attitrée serait à tout jamais celle du vilain petit canard, un cygne, je ne sais plus si ça vole … le lac des cygnes … la danse, interdite pour des raisons réfutables … tout ce qui m’aurait fait évoluer vers la féminité m’a été interdit . Tu ne me ressemble pas, tu ne me ressemblera jamais, mais tu m’appartient, tu te dois de ne jamais t’envoler, jamais t’éloigner, ou tu es une mauvaise fille qui délaisse sa mère … Coupable … sans présomption d’innocence, pourquoi tu ne me laisses pas essayer d’exister, si tu ne m’en donnes pas le droit, je n’arriverai jamais à le prendre, tes mots durs, tes répliques glaciales me tuent, me révoltent, mais je te vénère … même si on ne doit pas vénérer sa mère mais l’aimer, l’aimer . Pourquoi tu ne m’aimes pas, pourquoi tu es dure et pourquoi je ne connais pas la tendresse ni la douceur, toi qui sais tant m’émouvoir par ta fraîcheur parfois, pourtant .
par Liza communauté : Ecrire
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