La petite fille pleurait, des larmes bleues, silencieuses . Elle ne savait pas pourquoi . Pourquoi
autant de pourquoi(s), de questions en boucles, en chaînes, sans réponses, pourquoi tant de tempêtes déchaînées pour des riens, elle se savait bien moins que rien, restait là à se torturer,
recroquevillée sur sa petite chaise de paille, elle pensait qu’elle était le mal en personne, qu’elle avait vraiment le diable au corps, elle entendait l’horreur, quand ce n’étaient que des
erreurs, des perforations pas par procuration, elle se disait il y a une raison à tout, toute seule dans son coin elle tremblait, avait-elle des pouvoirs aussi mauvais, le diable au corps, elle,
si petite, comment pouvait-elle faire autant de mal ? Et comment ? Fenêtre sur cour maternelle, tout sauf une lune de miel … Réminiscences de l’absence, douleur, encore .
L’apocalypse est pour demain, disent les uns, tout va bien, disent les autres, on ne veut pas penser, demain sera un autre jour, le soleil se lève et tout s’efface, le coup de l’ardoise magique j’ai toujours su que ça ne marchait pas, il restait des marques quand on appuyait trop, il restait l’empreinte des mots, et tout ce qui reste quand on n’a rien oublié … et la nuit, pourquoi n’ont-ils pas peur de la nuit, la nuit c’est plein de bruits, ceux du silence et de l’absence, l’angoisse et tout ce que j’ai en mémoire, mon histoire personnelle informelle personne ne la connaît, qui s’en soucie, qui n’en peut mais, je sais qu’ils ne savent rien, ailleurs on verra plus tard, plus tard on ne verra rien, va te confesser, disent les autres, le péché, le péché originel, la pomme, je n’ai pourtant pas mordu dedans, je n’ai pas provoqué de raz-de-marée, de cyclone, de tornade, tous les éléments déchaînés … Je n’ai pas ce pouvoir-là, ce n’est pas de ma faute, ou peut-être que si, on me martèle des idées qui m’entraînent vers le fond, on y va droit devant, dans le mur, c’est un murmure à peine audible, les cris sont interdits, les feux de la rampe me font peur, limelights c’est si poignant, déchirant … j’écris et j’entasse, je me laisse dépasser, je ne déchire rien, ce n’est pas Mozart qu’on assassine, je m’incline, je décline la non-invitation au voyage, la fée sibylline n’existe pas, pas dans mon monde, mon univers de plomb, mon espace à cloisons, je n’aime pas ce qui les fait rire, j’ai les mots quand ils le veulent, je sais sourire, même sans mots dire, sans maudire personne, nulle autre que moi, on m’a dit que c’était comme ça, qu’en grandissant je comprendrais, je ne vois rien de plus, je cherche cet avenir dont on m’a tant parlé, pourquoi le mot malheur est-il interdit par superstition, je sais bien … les dictons, on me dicte au mot près tout ce que je dois faire, on me met au pied du mur, je n’ai qu’à m’exécuter, les ordres, pas le droit de protester, de demander pourquoi, arrête de demander pourquoi, parce que c’est comme ça, et ça ne s’explique pas . Comme si c’était une loi divine, c’est ce que l’on devine, alors on s’incline, le dos voûté, courbée, tiens-toi droite, tu seras bossue plus tard, comme ta grand-mère, elle était douce, ma mémé, elle m’aimait, je le sais . La tendresse, c’est de l’or, si vous saviez la chance que vous avez … Les flashs back qui perforent, qui font que l’on fond, que l’on perd le plus fort … on perd le nord . Usurpation de vie . Identité non-remarquable . Marqueur de vie, sons feutrés, douce violence des souvenirs recomposés au passé décomposé … Je me sens seule, j’ai froid à tous les temps, tout a été déserté, est-ce ma faute si la terre ne tourne pas rond, bien sûr que oui, et mon gentil secret qui voyage pour moi, parce que je ne peux plus rien, l’ailleurs des leurres, c’est tout ce qu’il me reste, j’en ai vu et connu des scènes revisitées, je n’invente rien, on ventile, on oscille, encore du fragile … C’est le Temps qui file, les belles choses qui défilent, sable doré des jours que l’on dit heureux, il était là, on se suffisait, on s’aimait tant, on n’est pas séparés, il est juste dans ce Ciel qui m’envoie des signes que j’apprends à déchiffrer, mais passés au prisme de mon regard trop noir ils deviennent obscurs, je suis la seule coupable, une fois de plus, mon ange a du me sauver des centaines de fois, des milliers, j’en ai eu plusieurs, plusieurs anges gardiens, parce que garder, préserver, sauvegarder quelqu’un comme moi c’est tout sauf une sinécure, c’est un boulot à plein temps, c’est autant de coups de main, de protection, et je n’y pensais pas, j’étais sortie du circuit d’autrefois, les passages à niveaux, les passages obligés, et tout ce qu’on m’a inculqué, tout ce à quoi je vouais un culte surdimensionné, parce que je me devais de tenter au moins de ne pas faire encore plus de mal, moi la source d’eau à ne pas boire, moi l’erreur, je vouais un culte à mes père et mères, j’avais si peur de l’occulte que c’est toute cette souffrance accumulée que j’ai occultée, pensées entremêlées, ne te mêle pas de ça, tu n’as pas droit au chapitre, à la parole, il pleuvait des coups, je rétrécissais de tout mon être, Lilliputienne de cœur, môme miniature, poupée brune aux yeux ombrés, je ne cillais pas …
Je me souviens de Poucette, qui buvait les perles de rosée, vivait dans les fleurs, j’aimais les couleurs façon Disney, mon monde était celui des fées, des elfes, des nymphes, pas de notion de bien et de mal, enfin pas de façon aussi tranchée … j’ai oublié de rêver, oublié de planer, on m’a planifiée, copier-coller, les mots me fascinaient … j’aimais l’encre violette, les plumes écrivaines, devenues vaines, désespérance, abandon du don, le talent qu’on me prête je n’y crois pas, je ne sais pas de qui on parle, ce sentiment, toujours, d’être une usurpatrice, je ne veux pas prendre de place, je retourne au jour d’avant, quand tout mène à demain, j’ai une nuit de plomb à traverser, je ne parle pas de l’asphalte, mes road movies cauchemardesques sans la country music, juste la fin de Thelma et Louise, mais arrêt sur image, le canyon, la musique, cette musique qui en dit tant … j’ai le rythme dans les gênes, la musique dans les canaux de mes veines, j’escalade façon cavalcade à l’envers les notes égrenées au fil de l’eau, l’écume des jours … l’écume de l’infinitude, je sais ce que veux dire le monde est dépeuplé, personne à cette heure nocturne à la surface de la terre, la terre-mère ne dort pas, et pourtant … si elle est bleue, pourquoi je ne le vois pas, pourquoi nier l’azur à coups de zébrures, déchirures, échancrures, je sombre toujours à cette heure, toutes ces molécules chimiques qui me volent les mots, et suscitent en moi tant de maux . Je descends, marche par marche je dévale, c’est une chute de plus, pas encore une chute de trop, tout me file entre les doigts, j’ai eu trop d’accidents de vie, on m’a trop volé, même les mots, et cet art de tourner autour des faits pour ne rien dévoiler n’est qu’une fuite en avant de plus .Aucun commentaire pour cet article